vendredi 6 juin 2014

Expo Mapplethorpe: la perfection dans la forme

Après avoir accueilli un des plus grands reporters photographes français : Raymond Depardon pour une exposition unique en couleurs, le mythique et somptueux Palais parisien a ouvert ses portes à l'un des photographes contemporains les plus perfectionniste de sa génération : Robert Mapplethorpe. Connu pour ses clichés en noir et blanc, l'artiste était aussi un compagnon de jeunesse de Patti Smith et un observateur du New York de la fin des 70's, en pleine ébullition culturelle et modesque. A voir jusqu'au 13 juillet.


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A travers plus de 200 clichés, au Grand Palais, on découvre au cœur de l'objectif d'un homme déroutant, la perfection selon Mapplethorpe. Homme de son temps, il est atteint du VIH en 1986 et ne cessera de se battre contre la maladie, même après sa mort. Représentant d'une génération qui déploie ses ailes, son élan stylistique en noir et blanc bluffe par ses sujets souvent crus, ses nus masculins et sa vision mordante et douce à la fois. Mapplethorpe meurt pourtant en combattant à 42 ans, ayant créé sa fondation pour soutenir la recherche. Avec ce retour sur son esthétique, c'est une réflexion sur toute l'époque moderne qui se met en place.
L'artiste qui étudie le dessin, la sculpture et la peinture à Brooklyn au Pratt Institute, est influencé par Marcel Duchamp ou Joseph Cornell. Dès lors le collage et la superposition commencent à éclore de ses doigts de magicien. Puis c'est la drogue, l'amour et l'amitié pour Patti Smith, sa colloc' d'abord et ensuite sa partenaire durant toute sa vie. Sa fascination pour le corps déploie un travail de la lumière sculptural. Il se fait adepte de Michel-Ange version New-York libertaire de la fin des années 70's. Ses clichés déversent un amour pour le détail de la chair. Dans ces coloris de noirs et de gris, on est alors submergés par les contrastes, la mise en valeur de l'humain et d'un corps nu non pas évoqué mais transcendé par l'objectif. Le nu de Mapplethorpe est sans tabou tant il déploie une admiration pour ces formes mais aussi les sexes. Il les prend en photo comme il pourrait les peindre, certains dont les nuances de lumière sont infimes paraissent dessinés au fusain. Alors qu'il rompt brutalement tout contact avec sa famille et affiche son homosexualité, il fréquente le CBGB et le club Mak Kansas City. Après un temps dédié aux photographies de fleurs, en couleurs, l'exposition nous emmène dans une arrière-salle dédiée au sexe et au sado-masochisme. Mapplethorpe et sa douce et jeune beauté se mettent alors en scène. Des doux portraits de jeune rockeur à ceux parfois grimés, remettant en question le genre avec provocation, il aime se mettre en scène avec ces self-portraits.
Son talent, celui de montrer le désir avec un regard moderne, éclôt dès le début des années 70. C'est avec l'aide de John Mc Kendry qu'il attrape son premier Polaroïd et expose pour la première fois en 1973. Mais ne croyez pas que ces nus lui viennent de pulsions. Car c'est sous l'influence de l'art du nu d'Alfred Stiglietz, qu'il ira réaliser ces longues séries sur la sexualité, photographiant ses amis, artistes, stars du porno de l'époque et acteurs des quartiers de New-York les moins bien fréquentés. Un des derniers pan de murs qui lui est dédié regroupe, tel un « Hall of Fame », Amanda Lear, Arnold Schwarzenegger, Debbie Harry ou encore Andy Warhol sous l'oeil du génie Mapplethorpe. Mais son œuvre est aussi celle d'une amitié arty immortalisée au travers de la magnifique pochette de l'album Horses de Patti Smith. Un album aussi légendaire que sa cover. Les années 80 se marquent dans cette exposition par sa muse Lisa Lyon (championne de body building) où l'on distingue parfaitement cette recherche d'une esthétique parfaite, entre noir et blanc dans la beauté de la diversité.
Mieux encore, la pudeur s'évapore devant des sexes insolites qui comme dans la mythologie placent l'homme au centre de l'objet artistique. Un photographe déterminant dans l'univers de la mode et de l'art contemporain qui réalisera avant sa mort, une série de clichés pour Jean-Charles de Castelbajac. Dans cette exploration quasi scientifique, mais toujours esthétique et teintée d'humour, Mapplethorpe est au cœur des sujets de notre temps : l'égalité, la sexualité et la beauté. On en ressort désorientés par tant de vérité.
Robert Mapplethorpe au Grand Palais à Paris, du 26 Mars 2014 au 13 Juillet 2014.

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